poemes sensuels

Page breadcrumbsEnd of page breadcrumbs

Je vous propose un regard tendre et différent (oh! combien) de ceux que l’on trouve le plus souvent
sur la toile sur ce sujet porteur de tant d’inconnu et d’idéal, de frustration et de bonheur.
Ces éclats de poèmes expriment la sensualité, la béatitude et la jouissance que donne à  l’être humain
l’exaltation de l’instinct et de la liberté; ils font, parfois, fusionner la sexualité et les sentiments vers une aspiration
quasi spirituelle qui libère le corps pour qu’il devienne presque un “corps céleste“… Oui, bon j’exagrère encore! Bref…
Le rêve auteur et metteur en scène de la réalité !

 

Les hommes (et les femmes!) ont besoin de récits érotiques comme les enfants de contes de fées.” (Havelock Ellis).

 

      …La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel.
Ceux qui n’ont pas senti jusqu’à leur limite, soit pour les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair,
sont incapables de comprendre toute l’étendue des exigences de l’esprit.
Pierre Louÿs

 

D’un long baiser il a bu mon âme sur mes lèvres,
Comme le soleil absorbe la rosée.

Lord Jennyson

La lectrice excitée éteint l’électricité
A.Breton

 

   Il aime bien peu celui qui se refuse à tout savoir de ce qu’il aime.
(Curieusement, dans notre société où presque tous les hommes s’intéressent aux moindres détails du fonctionnement et des performances des voitures, des ordinateurs, ou des équipes de foot, assez peu s’intéressent au fonctionnement de la sexualité féminine. Ils bichonnent leurs voitures plus que leurs femmes !)

 

 

Son corps est d’un blanc monotone
Comme la neige sur les champs
Mais sa toison semble un automne
Doré par les soleils couchants

J. Richepin

Je lui parlai ainsi et je fis en sorte
Qu’elle trouve de sa main cette vérité exprimée.
Arioste (Rolando Furioso)

Quand le mot est bien trouvé,
Le sexe, en sa faveur, à la chose pardonne:
Ce n’est plus elle, c’est elle encore pourtant…
La Fontaine

 

Ô débuts, deux inconnus soudain merveilleusement se connaissant, lèvres en labeur, langues téméraires, langues jamais rassasiées, langues se cherchant et se confondant, langues en combat, mêlées en tendre haleine, saint travail de l’homme et de la femme, sucs des bouches, bouches se nourrissant l’une de l’autre, nourritures de jeunesse,… 

Albert Cohen(Belle du seigneur)

Aimons, foutons, ce sont plaisirs
Qu’il ne faut pas que l’on sépare;
La jouissance et les désirs
Sont ce que l’âme a de plus rare.
D’un vit, d’un con et de deux cœurs,
Naît un accord plein de douceurs,
Que les dévots blâment sans cause.
Amarillis, pensez-y bien :
Aimer sans foutre est peu de chose
Foutre sans aimer ce n’est rien.

La Fontaine

 

O délicat con d’Irène
C’est ici que tu es à ton aise, homme enfin digne de ton nom, c’est ici que tu te retrouves à l’échelle de tes désirs. Ce lieu, ne crains pas d’en approcher ta figure, et déjà ta langue, la bavarde, ne tient plus en place, ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme.
Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux.

C’est dans ce sillage humain que les navires enfin perdus, leur machinerie désormais inutilisable, revenant à l’enfance des voyages, dressent à un mât de fortune la voilure du désespoir. Entre les poils frisés comme la chair est belle sous cette broderie bien partagée par la hache amoureuse, amoureusement la peau apparaît pure, écumeuse, lactée. Et les plis joints d’abord des grandes lèvres bâillent. Charmantes lèvres, votre bouche est pareille à celle d’un visage qui se penche sur un dormeur, non pas transverse et parallèle à toutes les bouches du monde, mais fine et longue, et cruciale aux lèvres parleuses qui la tentent dans leur silence, prête à un long baiser ponctuel, lèvres adorables qui avez su donner aux baisers un sens nouveau et terrible, un sens à jamais perverti.
Que j’aime voir un con rebondir.
Comme il se tend vers nos yeux, comme il bombe, attirant et gonflé, avec sa chevelure d’où sort, pareil aux trois déesses nues au-dessus des arbres du Mont Ida, l’éclat incomparable du ventre et des deux cuisses. Touchez mais touchez donc vous ne sauriez faire un meilleur emploi de vos mains. Touchez ce sourire voluptueux, dessinez de vos doigts l’hiatus ravissant. Là que vos deux paumes immobiles, vos phalanges éprises à cette courbe avancée se joignent vers le point le plus dur, le meilleur, qui soulève l’ogive sainte à son sommet, ô mon église. Ne bougez plus, restez, et maintenant avec deux pouces caresseurs, profitez de la bonne volonté de cette enfant lassée, enfoncez, avec vos deux pouces caresseurs écartez doucement, plus doucement, les belles lèvres, avec vos deux pouces caresseurs, vos deux pouces. Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux.
Si petit et si grand! …
Enfer que tes damnés se branlent, Irène a déchargé.

L.A. (Défense de l’infini)

 

 

 

 

La fuite inquiétante de l’été

Je ne revois plus le visage ni le corps de celle que je tenais contre moi, dans le Nord-Sud, vers St Lazare. Je sais seulement que dans
cette foule compacte où les balancements du train penchaient d’un coup toute la masse oscillante des voyageurs elle se laissait faire
comme privée de raisons et de sentiments. Comme si nous avions été dans un désert véritable, où même la présence d’un homme eut été
pour elle si surprenante et si terrifiante que l’idée ne lui serait
pas venue de bouger ou de résister un instant. J’étais donc contre elle, par-derrière collé,
et mon haleine faisait remuer légèrement les cheveux de sa nuque. Mes jambes épousaient la courbe des siennes, mes mains avaient longuement
caressé ses cuisses, elle n’avait pas retiré sa main gauche quand je l’avais un instant furtivement serrée. Je sentais contre moi la douce pression
de ses fesses à travers une étoffe très mince et glissante, dont les plis occasionnels même m’intéressaient. Je maintenais avec mes genoux
un contact étroit. Je les fléchissait un peu, afin que ma queue bridée par le pantalon trouvât, pendant qu’elle grandissait encore, un lit entre ses fesses
que la peur contractait, un lit vertical où les secousses du train suffisaient à me branler. Je voyais mal le visage de cette femme, par côté.
Je n’y lisais que la peur. Mais quelle peur? Du scandale, ou de ce qui allait arriver? Elle mordait sa lèvre inférieure. Soudain, j’eus un désir irrépressible
de contrôle. Je voulus connaître la pensée de cette femme, je glissais ma main droite entre ses cuisses. Merveille du poil deviné sous l’étoffe,
étonnement du cul pressé. Cette femme était donc en pierre? Je ne connais rien d’aussi beau, rien qui me donne le sentiment à un pareil point,
que la vulve quand on l’atteint par derrière. Mes doigts ne pouvaient s’y méprendre. Je sentais les lèvres gonflées, et soudain la femme
comme pour se raffermir sur ses pieds écarta les cuisses. Je sentis les lèvres céder, s’ouvrir. Elle mouillait tant que cela traversait la robe.
Les fesses trois ou quatre fois montèrent et descendirent le long de ma pine. Je pensais tout à coup au gens alentour. Personne, non personne
dans cette presse ne prêtait attention à nous. Visage gris et ennuyés. Posture d’attente. Mes yeux tombèrent dans des yeux qui regardaient,
qui nous regardaient. Ils allaient d’elle à moi, ces yeux battus par la vie, ces yeux soulignés plus encore par la fatigue des longs jours que par le fard,
ces yeux pleins d’histoires inconnues, ces yeux qui aimaient encore pour un peu de temps l’amour. C’étaient les yeux d’une femme assise assez loin,
et séparée de nous par un peuple aveugle, d’une femme qui de si bas ne pouvait deviner le manège, ne pouvait que voir nos têtes ballottées par
la marche du train et l’incontrôlable du plaisir prochain. Ils ne nous lâchaient pas, ces yeux, et j’éprouvais soudain une sorte de nécessité de leur répondre.
C’étaient des yeux immenses, tristes, et comme sans repos. Savent-ils? Ils battaient un peu pour me répondre. Ils se tournaient vers ma voisine
que je sentais profondément frémir. Ils n’interrogeaient pas. Ils savaient sans doute. Les mouvements de la femme devinrent plus rapides, avec ce
caractère étrangement limité que donne la crainte de se trahir. Je vis brusquement se dilater les prunelles qui me fixaient, comme si un gouffre
s’était ouvert sous la banquette. Les yeux venaient de saisir sur la face de la femme que je serrais le premier spasme de la jouissance.
Je ne sus qu’après eux ce qui venait de se produire, et c’est en même temps que la femme assise que je partis, et je me demande quel air dut être
le mien alors, quand celle-ci cacha brusquement dans ses mains ses yeux déchirés de jouir. Un temps infini s’écoula jusqu’à la station suivante
comme un grand silence immobile et je ne pensais plus à rien. Entrée en gare, les lumières extérieures, la courbe du quai, les reflets sur les briques blanches,
un remous violent à l’ouverture des portes jeta dehors la femme dont je n’avais pas vu les yeux; tandis que l’assaut des nouveaux voyageurs étendait
un voile entre moi et les yeux que je ne voyais plus. Je restais seul, sans connaître  le vrai de cette histoire sans intrigue, où tout est pour moi dramatique
comme la fuite inquiétante de l’été.

Aragon (avant!)